A quoi bon vivre dans la peur

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Vous souvenez-vous lorsque nous étions enfants, que nous voulions monter sur cette haute poutre pour voir plus loin, et plus haut ? Attiré-e-s par l’altitude, rien ne pouvait nous arrêter. Nous ne sentions pas le danger nous appeler, ni le vent nous déstabiliser. Seule comptait cette envie profonde, cette intention d’aller vers notre propre contentement et notre propre joie. Cette joie d’enfant que peu peuvent encore comprendre et posséder avec authenticité. Et puis cette femme, cet homme à quelques mètres de nous, le regard inquiet, criant des phrases alarmantes qui nous semblaient inutiles. « descend, tu vas te blesser ! ». Et nous, tout en obéissant à nos parents nous étions tristes, nous ne comprenions pas.

Plus tard, nous nous sommes persuadé-e-s que c’était la meilleure des éducations. Protéger son enfant du danger. Prévenir plutôt que guérir. Et je ne dis pas que l’intention n’est pas bonne. L’intention est toujours bonne.

Mais à force de faire croire que notre potentiel se situe dans notre zone de confort, qu’il ne faut prendre aucun risque, qu’il ne faut jamais monter sur des poutres, on finit par admirer ceux qui osent, ceux qui font des choses incroyables de leur vie et  on se dit qu’ils ont eut de la chance.

Il n’y a rien de plus paresseux que l’admiration. Voir en l’autre ce que l’on a pas plutôt que de construire quelque chose pour soi-même de tout aussi grand peut très vite procurer frustration et jalousie. Cela nous amène à croire que rien de ce que nous n’avons pas déjà ne nous attend ou alors qu’il faut se contenter de rêver. Quand on se contente de rêver et qu’on ne construit rien physiquement ou matériellement on embête personne, on ne secoue pas les consciences, on ne remet pas en cause le système. Quand on rêve on est pas ancré-e-s dans notre vie, on fait des vas et vient entre l’Ether et la Terre sans arrêt et c’est tout.

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Nous sommes ici pour changer le monde. Pas simplement pour suivre les règles, gagner de l’argent et mourir.

C’est la société dans laquelle nous avons accepté de vivre. Une société de règles et d’interdits. Alors oui on va nous dire de nous dépasser mais toujours dans le cadre bien préétabli et mis en place donc finalement, il n’y a pas de réel dépassement de soi. Nous restons dans une société de lois (toujours avec une bonne intention, certes) où les dirigeants passent leur temps à faire des injonctions à ceux qu’ils sont sensés servir : soyez de bons élèves, soyez de bons travailleurs, soyez de bons citoyens, soyez de bons propriétaires, soyez de bons parents… et si nous entrons confortablement dans ces petites cases alors nous serons heureu.x.ses, épanouis-e-s, rassuré-e-s et en sécurité. Et même si nous sentons au fond de nous-même que ça ne va pas, que ça n’est pas assez, que nous désirons plus, alors nous nous heurtons à quelque chose de complexe, quelque chose qu’on nous fait miroiter pour nous maintenir dans une cage dorée bien solide et bien propre : la peur.

La peur selon moi, c’est la phobie de soi-même et la phobie de la vie. Nous n’osons rien, nous de pesons rien, nous ne représentons rien lorsque nous avons peur. Et ceux qui nous dirigent l’ont très bien compris. Pour preuve, ils nous manipulent avec la peur (que deviendront vos enfants ? Il y a trop de chômage ! Il y a des terroristes partout! Regardez-ce qu’il s’est passé à tel endroit, il ne faudrait pas que cela nous arrive ! Tu ne peux pas aller à tel endroit c’est dangereux !). La peur est une arme bien plus puissante et avilissante que n’importe quel calibre posé sur notre tempe. C’est la peur qui a amené Hitler au pouvoir. Les allemands qui l’ont élu n’étaient pas des personnes hors de toute raison, ils croyaient simplement se préserver, préserver le peu qu’il leur restait tout en écartant un faux problème qu’on leur faisait miroiter. Aujourd’hui on culpabilise les abstentionnistes parce que cela ferait le jeu du front national. On nous dit (par « on » j’entends les médias mainstream et les partis politiques )qu’il vaut mieux voter pour des hommes et des femmes qui ne nous inspirent pas du tout, mais qui sauront nous préserver du pire (alors qu’il ne s’agit que des faces d’une même pièce). On fait rarement des choix éclairés lorsque nous avons peur. 

Lorsqu’on instrumentalise un peuple pour qu’il ait peur en ressassant  à la télévision les détails d’un attentat sans apporter d’informations supplémentaires juste pour lui ramollir le cerveau, on s’assure que ce peuple voudra uniquement que l’angoisse cesse, qu’il voudra recommencer à profiter de la vie, à expérimenter de jolies choses et à rêvasser. Le peuple ne veut être secoué par rien, surtout dans nos sociétés occidentales où l’abondance matérielle et le confort social sont des cibles à atteindre le plus tôt possible. Quand nous avons trop de choses à perdre (sa situation, sa fortune, ses biens matériels meubles ou immeubles) c’est plus compliqué d’aller faire une révolution ou même seulement de dire ce que l’on pense réellement de telle ou telle chose, de tout plaquer pour vivre une vie qui nous correspond réellement. Lorsque le printemps arabe a éclaté à la surprise générale de l’occident, c’est parce que les gens en ont eut assez, et qu’ils n’avaient plus rien à perdre, parce qu’ils se sentaient tellement écrasé-e-s que finalement, peut importait sauf la liberté. Et même si les conséquences aujourd’hui sont loin d’être idéales, il est clair que nous avons bien là l’exemple d’un peuple qui a décidé de ne pas craindre, de ne pas rester à genoux. Cela a été aussi le cas des résistants pendant la seconde guerre mondiale, des personnes qui hébergeaient des juif-ve-s au péril de leurs vies. Ces gens là n’avaient pas peur. Ou peut-être avaient-ils peur mais ils ne laissait pas cette émotion les contrôler.

Car si ne pas avoir peur peut sembler impossible (et quelque part tant mieux, la peur peut-être également un indicateur, une manière de dire « stop » à une situation perturbante ou dangereuse, elle peut également être utilisée comme un moyen de se dépasser, d’exprimer du courage), vivre avec cette émotion omniprésente est destructeur.

Il n’y a rien de plus facile à contrôler qu’un peuple qui a peur. Un être qui n’a pas peur ou du moins qui ne vit pas dans la peur peut grandir, voir loin, être ambitieux, être visionnaire. Il laissera peu de choses l’ébranler. Il fera toujours des choix qui viennent du cœur, ne renoncera pas à son intégrité, fera preuve de discernement, de libre pensée. Il sera plus proche de cet état de liberté que nous désirons tou-s-tes vivre.

Et c’est vers cela que l’humanité selon moi doit tendre. Une humanité qui avance la tête haute, sans chaîne, sans berger, juste sa conscience pour la guider. Et même si nous sommes encore loin de cela, nous y arriverons peut-être.

Ce qui m’aide à ne pas me sentir dans la peur, c’est cette foi indéfectible en moi-même que je cultive et que j’essaie de faire exister jour après jour. Je n’ai pas  peur qu’une bombe me déchire la chair, de mourir d’un accident de voiture, de ne pas avoir un travail « normal », des choses mystérieuses ou que je ne comprend pas,  de ne pas être riche et de partir seule à l’autre bout du monde mais j’ai encore peur de m’affirmer et d’oser être  totalement moi-même auprès des autres surtout si je suis entourée de personnes qui n’ont pas ma vision de la vie. J’ai peur de leur renvoyer une image de moi qu’ils ne pourraient pas comprendre parce que même si je veux bien faire et même si j’ai les meilleures intentions du monde, rien de ce que je pourrais dire ou faire ne fera l’unanimité. Et cela je l’accepte, c’est plutôt le désir de rester dans l’ignorance et la méchanceté qui me fait parfois chanceler. J’ai peur que mes passions, les causes que je défends et l’ardeur avec laquelle je vis presque pour elles soient un instrument pour les autres afin de m’atteindre. Car les personnes comme moi sont très faciles à atteindre, parce qu’elles montrent une sensibilité, une empathie et une vulnérabilité qui au yeux du monde sont de grandes faiblesses. C’est d’autant plus dur que les choses qui m’importent le plus et sur lesquelles je veux communiquer et partager sont des choses extrêmement controversées, pas à la mode et même parfois anti-système. Et pourtant malgré cela, j’ai foi en ce qu’il y a de bon dans le monde, en l’humain-e, en la vie. Et je le sais, lorsque nous n’avons pas peur d’être qui nous sommes, d’être authentique, nous ne craignions plus le regard des autres. Parce qu’on le sait, le regard des autres est une grande peur chez l’humain-e. Beaucoup se leurrent et se dupent à cause de cette crainte. Mais le jour où l’on comprend que ce n’est pas les gens qui ont à définir ce que nous sommes, lorsque nous acceptons parfois de nous retrouver seul-e-s, de nous affirmer (et je suis bien placée pour savoir que cela demande énormément de courage), tout devient d’une simplicité déconcertante. Le regard des gens peut nous atteindre mais jamais nous affaiblir. Nous le laissons nous toucher, mais nous passons outre. A partir de là, tout s’accélère. Nous nous sentons si grands et si puissants malgré notre simple statut d’humain-e que lorsqu’une vague d’inquiétude ou de tourment menace le monde, elle ne peut pas nous emporter avec elle.

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C.

(images :  google)

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